THE "JOOLA"
Contribution d'élèves du Sénégal et dans le Monde


Fatou DIOP Tle L2
Maison d'Education de Gorée

Le naufrage du " Joola " ;éthique et responsabilité L'histoire administre parfois des leçons amères. Après les pluies hors saison, un hivernage déréglé, ce malheur qui dépasse tous les autres. Le 26 septembre 2002, au large des côtes gambiennes le bateau " le Joola " qui assurait la liaison maritime Dakar - Ziguinchor, se voyait subir un triste sort : il chavira avec à son bord plus d'un millier de personnes. Des questions ont été soulevées par l'opinion publique. Qui doit-on accuser ? Pourquoi ce drame est-il arrivé ? Est-ce dû à un problème météorologique ou, est-ce une question d'éthique et de responsabilités ? Quelles sont les solutions pour qu'un drame comme celui-ci ne se reproduise plus jamais ? Nous refuserons d'abord les faits, ensuite nous chercherons les causes du drame et enfin nous dégagerons les leçons ou les enseignements. On est le 26 septembre 2002. La nuit s'installe peu à peu sur la terre sénégalaise. La vie suivait son cours normal de tous les jours. Personne ne pouvait s'imaginer qu'une catastrophe, d'un genre titanesque, pouvait s'abattre sur le peuple sénégalais. A ces instants, le ferry " Le Joola ", déjà en mer, gagnait progressivement le large. A bord, plus d'un millier de personnes, hommes, femmes, enfants de tout âge, et même des étrangers, avaient embarqué pour rejoindre Dakar. Rien n'était prévisible. Vers 23 heures, la quiétude fit place à la panique et à la désolation. Le ferry s 'est retrouvé en un clin d'œil sens dessus-dessous. Il venait de chavirer après une violente tempête, dit-on, alors que les pirogues et les chalutiers qui étaient au même moment dans cette zone ont résisté à ce changement météorologique. Où était donc le danger ? Où se situe le problème qui a causé ce drame ? Au-delà de la volonté divine et des faits naturels comme la tempête, il y a aussi quelque part des fautes et des négligences qui ont certainement conduit à cette situation.


Une surcharge avérée. Au moment de l'embarcation au port de Ziguinchor, il y a eu un important chargement de voitures, de camions, de réfrigérateurs… et surtout de personnes ( plus de mille au lieu de cinq cent cinquante comme prévu.) De la pure inconscience. La catastrophe du " Joola " met cruellement en lumière des dérèglements non seulement de certains services publics, mais plus profondément de notre société. Qui de notre société parce que ceux qui sont entrés dans le bateau auraient dû avoir la présence d'esprit de descendre ou de le signaler après qu'ils ont constaté son état. C'est cette surcharge qui est à l'origine de l'inclinaison du ferry au départ de Ziguinchor. Les gens se sont sûrement rendu compte de cette situation mais à cause de leur laxisme et de leur insouciance, ils ont préféré faire le voyage. Cette tragédie illustre, en effet, des défauts sénégalais bien connus, mais coupablement et vus par tous, soit par un laisser-faire collectif, soit par un refus délibéré de la prise en compte du risque. Des centaines de passagers clandestins sont montées à bord à partir de l'île de Karabane. C'est aussi un facteur de surcharge. Cette catastrophe montre qu'il y a eu du chemin à faire sur le plan de la citoyenneté et de la discipline collective qui doivent être de mise dans nos comportements de tous les jours dans le pays. Ce sont les comportements et les laisser-aller qui vont à l'encontre de la citoyenneté que le drame du " Joola " nous rappelle qu'il faut bannir dans certains sens. Il faut aussi noter un abus de pouvoir car les familles du personnel du bateau ont le privilège de ne pas payer pour effectuer le trajet. C'est une caractéristique typiquement sénégalaise. Le drame du " Joola ", aussi douloureux soit-il, offre une opportunité au peuple, si seulement celui-ci en saisit le message. Ce message est de rompre avec le laxisme et le laisser-aller, ces vertus bien sénégalaises et vides de contenu moralisant. Nous devons rayer à jamais ces habitudes de notre vie.


Un autre danger aussi a été signalé : le bateau lui-même. En effet " le Joola ", dit-on, conçu pour les fleuves et les lacs, mais il a été utilisé pour aller en haute mer. Le Sénégalais est une personne inconsciente, négligente et trop laxiste. Il commet des imprudences sans même prendre en compte les dangers qui peuvent survenir. Dans ce cas, le gouvernement est entièrement responsable car il ne devait pas donner l'autorisation au bateau de naviguer. Le droit à la sécurité doit être écrit en lettre d'or flambant dans le ciel afin que nul ne puisse jamais s'en détourner et que sa permanence nous arrime pour toujours aux sources de nos devoirs. Aussi, il paraîtrait que le bateau n'avait pas une radio pour communiquer en permanence avec le port en cas de catastrophe. Ceci est une responsabilité du commandant de bord et des autorités de la marine. C'était à eux de se charger de l'équipement en matériel du bateau. Ils ont encore une fois mis en danger la vie de nombreuses personnes. Ce manque d'infrastructures à fait que le ministre de l'équipement a été informé tardivement vers huit heures vingt cinq minutes. Alors que le drame venait de faire huit heures de temps. Ceci explique aussi le nombre élevé de morts car jusqu'à six heures du matin, des gens criaient pour qu'on vienne à leur secours. Le commandant a une grande part de responsabilité car il aurait dû limiter les bagages et les personnes ou ne pas larguer les amarres puisque le bateau était en mauvais état.


Dans cette tragédie, tout le monde est responsable, le peuple, la marine, le gouvernement. Un cumul de fautes et de négligences avérées, du gouvernement jusqu'au plus petit citoyen en passant par les responsables de la marine a été à l'origine de cette terrible situation. Nous ne disons pas qu'il n y a pas de personnes dont la responsabilité soit engagée à des degrés divers. Mais il y a une différence d'ordre morale, entre un responsable et un coupable. Les responsables de drame sont le gouvernement et la marine car ils étaient chargés du bateau : état, équipement et infrastructures ; par contre les coupables sont désignés comme étant la société, représentée ici par les passagers du bateau, qui auraient dû renoncer au bateau en voyant son état et constatant sa surcharge.


Au lendemain de cette catastrophe, le président de la République Maître Abdoulaye WADE a annoncé qu'il allait indemniser les familles des victimes du " Joola ", le montant est estimé à huit milliards de francs CFA. Mais les familles des victimes affirment que cette somme ne suffit pas et que de toute façon elle ne peut rien changer. Qu'elle que soit la somme de l'indemnisation, elle ne pourra pas ramener ceux qui sont partis. Et ce dédommagement n'est pas une solution pour qu'un tel drame ne se reproduise plus jamais. Aujourd'hui, au regard de cette catastrophe qui a secoué les Sénégalais, il nous faut alors faire preuve de responsabilité dans les actes posés de tous les jours. Mais aussi incidents et impacts que tout acte irresponsable pourrait entraîner comme conséquence fâcheuse. Notre malheur est aujourd'hui transformé en défit pour tester notre commune volonté de vivre et de survivre ensemble, envers et contre tout. " Le moment de situer les responsabilités et de sanctionner les fautifs pour ce qui concerne le naufrage du " Joola " viendra sans précipitation et à la suite de toutes les investigations. Justice et équité, sérénité et transparence ", comme disait le ministre de la culture Amadou Tidiane WONE. Le moment est arrivé de se livrer à une véritable analyse des causes de l'indifférence générale, des comportements laxistes à plusieurs niveaux, au point que ce qui anormal puisse devenir une règle. Depuis cette catastrophe, nous portons tous un regard alentour et prenons conscience à chaque instant du chemin qui nous reste à faire pour qu'un tel drame ne se reproduise plus jamais. La seule manière de rendre hommage aux victimes et redonner dignité aux vivants, c'est d'ouvrir une nouvelle page de l'histoire de notre pays en bannissant pour toujours nos habitudes et nos comportements laxistes. Il faut une prise de conscience collective et une détermination à revisiter nos torts et nos travers. Le peuple sénégalais doit redorer ses blasons dans les plus brefs délais, par une amélioration de ses conditions de travail. Nous devons traquer la médiocrité, dénoncer le laxisme mais surtout sanctionner de manière exemplaire, les corrompus et les corrupteurs, les malhonnêtes et les irresponsables. Nous devons mettre en vigueur le mérite et le sens du devoir, rétablir les valeurs éthiques et morales de notre société. Il nous faut prendre conscience de notre inconscience afin que des catastrophes de cette envergure ne puissent plus jamais endeuiller notre pays. Et cette prise de conscience constituerait déjà le début d'une solution.


Aujourd'hui, au lendemain de cette tragédie, un sentiment de culpabilité collective nous habite tous autant que nous sommes. Nous devons faire notre introspection et admettre que les vices qui sont à la base de ce drame trouvent leur origine dans nos habitudes de légèreté, de manque de sérieux, d'irresponsabilité… Le président Abdoulaye WADE nous a invités à un comportement beaucoup plus citoyen parce qu'il ne faudrait pas que nous cachions la part de responsabilité des citoyens que nous sommes. Tout le discours du président de la République a été de nous mettre en face de nos responsabilités d'homme, de citoyen ou simplement d'être humain qui ne doit pas accepter des situations qui peuvent mettre vie en danger ou celle des autres. La tragédie du " Joola " est la plus grande catastrophe que le Sénégal n'ait jamais connue jusqu'ici. Mais " la grandeur d'une nation se mesure à sa capacité à ne pas s'effondrer devants les grandes épreuves ". Parmi les leçons à tirer de cette catastrophe, il y a cet appel au sens des responsabilités qui est nécessaire à chacun d'entre nous. Aux vivants, il revient à demander pardon pour toutes les responsabilités notées dans ce drame qu'on n'oubliera jamais. C'est la seule manière d'honorer nos morts.